Complexité, saturation, vitesse et défaillances

Publié le 24/02/2014

Depuis un certain nombre d’années, l’actualité est régulièrement rythmée par l’annonce d’accidents et de catastrophes diverses ayant des conséquences plus ou moins graves sur la nature et la santé humaine qui illustrent les dysfonctionnements croissants de notre système industriel.

Qu’il s’agisse des risques industriels (Fukushima, Concorde, AZF, etc.), de risques sanitaires (sang contaminé, médiator, etc.), alimentaires (miel OGM, vache folle, viande Findus, etc.) ou financiers (éclatement de bulles, subprimes, etc.), jamais les dispositifs sécuritaires pourtant inflationnistes n’ont été autant pris en défaut. Du moins pour les scandales dont on connaît l’émergence médiatique, car on ignore par définition ceux qui n’on pas encore éclaté car tenu secret !
Et à chaque scandale, on nous explique qu’il nous faut dorénavant améliorer l’efficacité des dispositifs en question pour que de tels événements ne se renouvellent plus. C’est ainsi que, suite à l’affaire de la viande de cheval vendue sous l’appellation viande de bœuf, on envisage d’imposer un étiquetage sur les produits vendus pour améliorer leur traçabilité et que, suite à la catastrophe de Fukushima, des tests de résistances on été imposés à nos réacteurs nucléaires pour élever le niveau de leur sûreté.
Dans notre société technicienne, la réponse ne peut donc être que purement technique, car il ne s’agit pas de réfléchir davantage aux causes profondes de ces accidents, ce qui serait pourtant la seule bonne voie à suivre pour ne pas voir de tels événements se répéter.

Or, ces réponses techniques ne font que la plupart du temps contribuer à la complexité de notre société et donc à sa vulnérabilité. Car en effet le processus de sophistication croissante se situe au niveau technologique avec le rôle joué en quelques années par la diffusion des technologies informatiques qu’organisationnel avec l’imbrication croissante des institutions privées et publiques, nationales et internationale.
Si bien que pour arriver à suivre aujourd’hui l’itinéraire d’un produit financier ou alimentaire, à travers de multiples échelons intermédiaires qui alimentent l’opacité du système, même les professionnels les plus aguerris ont du mal à s’y retrouver ! Sans doute est-ce pour cela qu’actuellement on entend tellement parler de traçabilité et de transparence !
Sans compter les processus de changements rapides, tant institutionnels que technologiques, qui achèvent de rendre obsolètes les réponses qui arrivent trop tard et contribuent à rendre difficiles les contrôles et à égarer un peu plus l’opinion publique. C’est ainsi que la prolifération de normes de sécurité en changement permanent peut aboutir par effet de saturation à l’inverse du but recherché.
L’environnement social du citoyen moderne devient alors tellement instable et complexe qu’il rend impossible toute forme de maitrise à la fois intellectuelle et pratique indispensable à toute exigence démocratique*.

Simon Charbonneau

* Voir l’édition récente d’un ouvrage inédit de mon père: Le Changement, Éditions Le Pas de Côté, 2013.